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Points de vue sur l'actualité de
l'assurance vie et le sujet des bénéficiaires.

Le poids des TAUX , le choc de l’EURO… Episode 2

Annabelle Delestre 4 décembre 2019

Suprématie du fonds en euros : chronique d’une fin annoncée.

A lire dans cet épisode : Menaces sur la solvabilité du secteur et recapitalisation de plusieurs compagnies – Inquiétudes sur le sort des réserves (PPE) – Annonces de taux de rendement 2019 à 1% ( Swisslife le 28 novembre puis Generali). – Cacophonie sur l’avenir du fonds en euros


Fonds euros : perspectives

Résumé de l’épisode 1

Les taux d’intérêt entrent en territoire négatif : La rentrée 2019 est particulièrement agitée pour l’assurance vie et son support phare le fonds en euros.
Au vu de l’ampleur de la baisse des taux d’intérêt, le régulateur (ACPR) a remis en question le fonds en euros traditionnel associant garantie du capital et disponibilité.
Les assureurs ont embrayé et majoritairement multiplié les barrières autour du fonds en euros (frais, pourcentage minimum d’Unités de Compte …).
Les épargnants vont devoir se tourner vers la diversification pour ne pas voir leur capital s’éroder.

La solvabilité des assureurs est mécaniquement affectée par la baisse des taux

9 octobre

Recapitalisation de Suravenir pour un montant 540 millions d’euros par son actionnaire le Crédit Mutuel Arkea.

17 octobre

La Mondiale annonce l’émission d’une dette subordonnée d’un montant de 500 M€, avec option de remboursement dans 10 ans.

18 novembre

Dégradation par l’agence de notation financière Moody’s de la perspective liée au secteur de l’assurance en Europe. Cette notation passe de stable à négative. En conséquence, quelle que soit la notation de chacun des acteurs, cette « perspective négative » pèse sur l’ensemble du secteur de l’assurance confronté à une conjoncture inédite et défavorable.

26 novembre

Les assureurs mutualistes se montrent critiques par rapport à Solvabilité 2, la norme de calcul de solvabilité en actuellement en vigueur. Rappelons-nous que cette norme a été modifiée et durcie après la crise des subprime de 2008. Elle est en cours de révision ce qui se justifie pleinement au vu d’un contexte de marché inédit. L’Association des Assureurs Mutualistes (AAM) s’est exprimée par l’intermédiaire de son président Thierry Martel (directeur général de Groupama) pour relativiser les inquiétudes autour de la solvabilité des assureurs. En effet le secteur a démontré sa capacité de résistance et la profession préconise une révision plus pertinente de Solvabilité 2.

L’AAM table aussi sur le soutien du ministère de l’Economie et des Finances pour soutenir un nouveau type d’assurance vie compatible avec des taux d’intérêts très bas. Elle plaide également pour la prise en compte de la PPE (Provision pour Participation aux Excédents) dans le calcul des réserves des assureurs.

Sur ce point, la polémique vient du fait que cette réserve de lissage bien spécifique au fonds en euros, appartient in fine aux assurés. (le montant mis en provision chaque année doit être redistribué dans les 8 ans maximum). Pour les épargnants, ces enjeux de solvabilité sont d’autant plus compliqués à appréhender qu’ils se télescopent avec la baisse de rendement et l’avenir même de l’assurance vie, encore majoritairement placée en fonds en euros.

Annonces de taux de rendement 2019

Les premières annonces sont intervenues très tôt dans « la saison » et les baisses sont historiquement fortes.

 Taux de rendement 2019 annoncés 
Compagnies Taux 2019* Bonification au % UC Rappel 2018 Commentaires

Swiss Life1%30% à +60%
1,50% à 2,50%
1,75%27/11/2019 

Generali1%30% à +50%
1,30% à 1,50%
1,50%2/12/2019 

Allianz1,2%en moyenne -0,45%1,70%4/12/2019 
 

*Fonds en euros « classiques » , taux nets de frais de gestion et bruts de fiscalité.

Cacophonie sur l’avenir du fonds en euros

Depuis plusieurs décennies les épargnants français plébiscitent l’assurance vie qui est devenue leur placement préféré selon la formule consacrée. Plus exactement c’est le fonds en euros que les clients plébiscitent car il incarne la sécurité, la prudence et la liquidité. Ses encours se montent à environ 1400 Milliards d’euros. Sur le plan financier, ce support est en effet une « exception française » avec un fonctionnement très spécifique qui a permis de conjuguer mutualisation, diversification et garantie du capital à tout moment. La baisse drastique des taux d’intérêt remet aujourd’hui en question son fonctionnement et notamment le couple garantie du capital / liquidité. C’est un véritable séisme pour les clients car la régularité du fonds en euros leur a justement permis de ne pas se poser la question du couple rendement risque et de déléguer la gestion financière à l’assureur. L’épargnant français est traditionnellement très prudent et préfère un rendement modéré sans risque en capital, même si en moyenne et sur longue période, un placement en actions est plus risqué mais plus performant.

Ainsi, le graphique ci-dessous illustre le problème de la volatilité de la courbe des actions. Sur longue période les résultats sont supérieurs au fonds en euros (qui en moyenne comprennent moins de 10% d’actions) mais les variations quotidiennes sont fortes. Même si la durée de placement moyenne d’une assurance vie est de 12 ans, rien ne remplace la régularité des versements et un accompagnement personnalisé …


Comparaison Fonds euro et CAC 40 depuis 2007

@Lidix 2019 – Sources : Banque de France, FFA, ACPR, Insee
Cliquer sur les points pour afficher les valeurs.

Soudain on parle donc beaucoup d’éducation financière et de pédagogie, ce qui est naturellement indispensable dans ce nouveau contexte, mais la transition est violente. Elle est d’autant plus difficile à accepter que les profils des clients ont un impact direct sur leur rapport au risque. Il n’y a pas péril en la demeure pour les épargnants disposant d’un horizon de long terme ou d’autres ressources complémentaires et significatives. L’arrivée de nouveaux produits de long terme comme le PER de la loi Pacte peuventt constituer une bonne réponse. En revanche les détenteurs de contrats en euros plus âgés sont confrontés à un vrai sujet d’érosion de leur épargne.

Entre l’annonce de Generali sur « la fin du fonds en euro Roi » et la déclaration de Bruno Le Maire * : « Non, les fonds en euros ne vont pas disparaître » en passant par les mesures de restrictions décidées par les compagnies sur les fonds euros, les clients ont de quoi être désorientés.

Si on ajoute le fait que les contraintes sur les UC doivent aussi être conformes au devoir de conseil des assureurs, comme l’a rappelé le gouverneur de la Banque de France*, on comprend que le rôle des distributeurs en général n’est pas confortable non plus …

*Conférence internationale de la Fédération Française de l’Assurance 25 octobre 2019.

En conclusion :

Une actualité à suivre de près tant du côté des rendements que des innovations. Car plus que jamais le rôle des conseillers et des outils va être crucial pour le client en terme d’enveloppe produit et d’allocation financière en UC.